AccueilBlogRemboursements
Remboursements6 juillet 2025 · 11 min

Medecines douces et Securite sociale : ce qui est rembourse

La Secu rembourse-t-elle les medecines douces ? La reponse complete sur l'acupuncture, l'osteopathie, le forfait psy et les evolutions du cadre. Guide 2025.

Jean-Charles Emery
Jean-Charles Emery
Redacteur expert medecines douces depuis 2018
Dans cet article
La veriteLes exceptionsL'evolution reglementaireAides complementairesFAQ
L'essentiel

La Secu ne rembourse pratiquement pas les medecines douces. Exceptions : acupuncture par un medecin, forfait psy pour EMDR via psychologue, massages medicaux Kine. L'evolution vers plus de reconnaissance est lente mais reelle.

La vérité sur le remboursement Sécurité sociale des médecines douces

La question revient régulièrement dans les moteurs de recherche : « médecines douces remboursées Sécurité sociale ». La réponse courte et honnête est : pratiquement non. La Sécurité sociale française rembourse les actes médicaux reconnus par la Haute Autorité de Santé (HAS) et inscrits dans la Nomenclature Générale des Actes Professionnels (NGAP) ou sur la liste des Actes et Prestations (LAP). Les médecines douces — à de très rares exceptions — ne figurent pas dans ces nomenclatures et ne sont donc pas remboursées par le régime obligatoire.

Ce n'est pas une décision idéologique contre les médecines douces : c'est la conséquence logique d'un système de remboursement basé sur l'évaluation scientifique rigoureuse par la HAS. Pour être intégrée dans les nomenclatures de remboursement, une thérapeutique doit avoir démontré son efficacité et sa sécurité dans des essais cliniques randomisés selon des standards précis. La plupart des médecines douces ne disposent pas encore de ce niveau de preuve — soit parce que les études manquent, soit parce que les études existantes ne sont pas assez robustes pour les standards de la HAS.

Cette situation n'est pas définitive. L'acupuncture, qui était longtemps dans la même situation, a vu son intégration partielle progresser grâce à des études cliniques de qualité croissante. L'ostéopathie a obtenu une reconnaissance légale en 2002 (décret Fillon) mais n'est toujours pas remboursée par la Sécu. La médecine chinoise traditionnelle est en cours d'évaluation dans certains pays européens. L'évolution du cadre est possible mais lente.

NGAP / LAP
les nomenclatures qui determinent les remboursements Secu
HAS
l'autorite qui evalue les therapeutiques pour leur inscription
Osteopathie
reconnue legalement depuis 2002 mais toujours pas remboursee Secu
Forfait psy
la seule porte d'entree significative via les psychologues

Les rares exceptions : ce qui est remboursé

L'acupuncture par un médecin

L'acupuncture est remboursée par la Sécurité sociale uniquement lorsqu'elle est pratiquée par un médecin qualifié en acupuncture, dans le cadre d'une consultation médicale facturée en tant que telle. Un médecin généraliste ou spécialiste formé en acupuncture peut pratiquer des actes acupuncturaux remboursés au titre de sa consultation médicale. Un acupuncteur non-médecin (praticien en médecine traditionnelle chinoise sans formation médicale) n'est pas remboursé par la Sécu.

Le forfait psychologue (Mon Soutien Psy)

Depuis 2022, le dispositif « Mon Soutien Psy » permet le remboursement de 8 séances annuelles chez un psychologue libéral conventionné, sur prescription de votre médecin traitant. Ce dispositif ne vise pas les médecines douces en tant que telles, mais certains psychologues conventionnés intègrent dans leur pratique des techniques psychocorporelles (EMDR, pleine conscience, EFT) qui peuvent donc être indirectement couvertes dans ce cadre.

Si vous souhaitez bénéficier d'un accompagnement en EMDR ou en pleine conscience thérapeutique avec un professionnel de santé mentale, ce dispositif est la voie la plus économiquement avantageuse disponible en France actuellement.

La kinésithérapie et certains massages médicaux

Les massages et mobilisations pratiqués par un masseur-kinésithérapeute dans le cadre d'une prescription médicale sont remboursés par la Sécu. Certaines techniques proches de la médecine douce (drainage lymphatique médical prescrit, mobilisations articulaires) sont donc théoriquement remboursées si elles sont prescrites et pratiquées dans ce cadre réglementé.

Medecines douces securite sociale remboursement realite

La Sécurité sociale ne rembourse pratiquement pas les médecines douces — seule l'acupuncture par un médecin et le forfait psy constituent des exceptions notables.

L'évolution du cadre réglementaire : ce qui change

Le contexte réglementaire des médecines douces en France évolue progressivement, sous l'effet de plusieurs facteurs convergents. La démocratisation de l'usage — plus de 40% des Français ont recours aux médecines alternatives chaque année selon certaines enquêtes — exerce une pression sur les pouvoirs publics pour clarifier le cadre. La recherche clinique sur certaines disciplines (méditation, hypnose, réflexologie en oncologie) produit des preuves de plus en plus solides qui pourraient, à terme, justifier une révision des critères de remboursement.

Les rapports parlementaires sur les médecines complémentaires et alternatives (le rapport Ben Mrad de 2022 notamment) recommandent une clarification du cadre légal et une meilleure intégration de ces pratiques dans le système de santé français. Ces recommandations n'ont pas encore débouché sur des modifications législatives concrètes, mais elles signalent une évolution de la position officielle vers une reconnaissance plus nuancée.

En comparaison internationale, la France est en retard sur certains pays voisins. La Suisse rembourse partiellement l'acupuncture, l'homéopathie, la médecine anthroposophique, la thérapie neurale et la phytothérapie depuis 2017, suite à une évaluation fédérale. L'Allemagne rembourse un nombre limité d'actes d'acupuncture dans certaines indications bien documentées (douleur chronique du dos, migraines). Ces modèles pourraient servir de référence pour une évolution française.

Les aides financières complémentaires

Si la Sécurité sociale ne rembourse pas et si votre mutuelle ne couvre pas ou insuffisamment, d'autres voies d'aide financière peuvent exister selon votre situation. Les comités d'entreprise (CE) proposent parfois des remboursements ou des chèques cadeau santé utilisables chez des praticiens de bien-être. Certaines associations de patients (fibromyalgie, cancer, maladies chroniques) ont négocié des tarifs préférentiels ou des aides financières pour l'accès aux médecines complémentaires. Les CCAS (Centres Communaux d'Action Sociale) de certaines communes proposent des aides à l'accès aux soins non remboursés pour les publics en difficulté financière.

Dans le cadre professionnel, l'accord de branche de certains secteurs prévoit des prises en charge partielles des soins de bien-être dans le cadre des plans QVCT. Si votre employeur a un plan d'action bien-être au travail, renseignez-vous sur les possibilités de remboursement de séances de sophrologie ou de réflexologie qui peuvent y être incluses.

Ma patiente en chimiothérapie voulait faire de la réflexologie. Elle avait peur du coût. Je l'ai orientée vers l'équipe de soins de support de son hôpital qui proposait des séances gratuites. Ni elle ni moi n'y avions pensé en premier lieu. Les ressources existent souvent là où on ne les cherche pas.— Dr. Martine, médecin généraliste, intégrant des médecines douces dans son orientation

Perspectives : vers un déremboursement de certaines pratiques et une meilleure intégration d'autres ?

Le système de santé français est confronté à une tension contradictoire concernant les médecines complémentaires. D'un côté, une demande citoyenne croissante pour l'accès à ces approches, reflétée par les enquêtes d'usage et les pétitions régulières en faveur de leur remboursement. De l'autre, des contraintes budgétaires qui ont conduit à une révision à la baisse du remboursement de l'homéopathie (réduit de 30% à 15% puis supprimé pour la plupart des médicaments homéopathiques en 2021) et une réticence générale de la HAS à intégrer des thérapeutiques sans preuve scientifique solide.

Cette double tension suggère un futur à deux vitesses pour les médecines douces dans le système de santé français. D'un côté, les disciplines qui investissent dans la recherche clinique rigoureuse — hypnose, pleine conscience, réflexologie en oncologie — pourraient progressivement obtenir des remboursements partiels pour des indications précises, comme c'est déjà le cas pour la méditation MBSR dans certains protocoles de soins de support. De l'autre, les disciplines sans base scientifique solide et sans investissement dans la recherche pourraient voir leur positionnement fragilisé.

Pour les patients, cela plaide pour une consommation éclairée des médecines douces : privilégier les approches pour lesquelles les preuves scientifiques existent, et les intégrer dans un parcours de soins coordonné avec votre médecin traitant. Ce positionnement « intégratif » est aussi le plus susceptible d'obtenir des remboursements dans les années à venir, qu'ils passent par la Sécurité sociale ou par les mutuelles.

La médecine intégrative : un modèle pour l'avenir ?

La médecine intégrative est un courant médical qui cherche à combiner les meilleures preuves de la médecine conventionnelle avec des approches complémentaires validées, dans un cadre éthique et scientifique rigoureux. Ce n'est pas l'abandon des standards de la médecine evidence-based, mais leur extension à un spectre plus large d'interventions thérapeutiques lorsque les preuves le justifient.

En France, plusieurs structures hospitalières pilotes explorent ce modèle. Le service d'oncologie de Gustave Roussy propose des soins de support incluant réflexologie, sophrologie, hypnose et pleine conscience à ses patients. Le CHU de Bordeaux a développé un programme d'hypnose médicale intégrée. Ces initiatives, encore ponctuelles, créent des précédents institutionnels importants pour une intégration plus systématique.

Sur le plan du remboursement, la médecine intégrative hospitalière est prise en charge dans le cadre des forfaits hospitaliers existants — le patient ne paie pas séparément pour une séance de réflexologie dans un service de soins palliatifs conventionné. C'est une forme de remboursement indirect, par le biais des forfaits hospitaliers globaux. La généralisation de ce modèle pourrait, à terme, représenter la voie la plus réaliste pour un accès élargi aux médecines douces remboursées dans le système de santé français.

La question du remboursement des médecines douces par la Sécurité sociale est, fondamentalement, une question de société autant qu'une question médicale. Quel niveau de preuve exiger avant d'intégrer une thérapeutique dans le système public de remboursement ? Comment équilibrer la liberté thérapeutique des patients et la maîtrise des dépenses publiques de santé ? Ces questions n'ont pas de réponse simple, mais le débat évolue. Les patients, les praticiens, les médecins ouverts aux approches intégratives, et maintenant certains élus font entendre leurs voix pour une évolution du cadre. Le changement sera progressif mais il est en marche.

En attendant une évolution réglementaire qui s'annonce lente, la stratégie pratique est claire : maximisez vos remboursements via votre mutuelle en choisissant un contrat adapté à votre consommation réelle, et intégrez les médecines douces dans un parcours coordonné avec votre médecin traitant pour maximiser la prise en charge des actes qui restent dans le champ médical remboursable.

La santé est un investissement, pas seulement un coût. Les médecines douces utilisées intelligemment contribuent à réduire les dépenses de santé à long terme bien plus qu'elles ne les augmentent.

Le systeme evolue. Contribuez a ce changement en utilisant les medecines douces de facon eclairee et documentee.

Informez-vous, faites entendre votre voix aupres des mutuelles et des elus locaux, et utilisez intelligemment les dispositifs existants. Le changement vers plus de reconnaissance pour les medecines douces dans le systeme de sante se construit aussi par chaque patient informe.

La situation actuelle n'est pas immuable. Chaque annee apporte des evolutions dans la reconnaissance des medecines douces, tant au niveau des mutuelles que des institutions de sante publique.

Questions frequentes

L'ostéopathie est-elle remboursée par la Sécurité sociale ?+

Non. Malgré sa reconnaissance légale depuis 2002, l'ostéopathie n'est pas intégrée dans la nomenclature de remboursement de la Sécurité sociale. Elle est remboursée partiellement par certaines mutuelles.

La méditation prescrite par un médecin est-elle remboursée ?+

Non directement. Si un médecin vous prescrit un programme de méditation (MBSR), la prescription ne génère pas de remboursement automatique par la Sécu. Cependant, si un psychologue conventionné intègre la méditation dans ses séances (forfait psy), ces séances peuvent être remboursées.

Le 100% santé couvre-t-il les médecines douces ?+

Non. Le 100% santé (réforme dite 'reste à charge zéro') concerne uniquement l'optique, l'audiologie et le dentaire. Il ne couvre pas les médecines douces.

L'ALD (affection longue durée) donne-t-elle droit à des remboursements de médecines douces ?+

Non directement. Le remboursement à 100% en ALD ne s'applique qu'aux soins en lien avec la pathologie reconnue en ALD et inscrits dans la nomenclature. Les médecines douces ne sont pas dans cette nomenclature.

La phytothérapie est-elle remboursée par la Sécu ?+

Les médicaments à base de plantes médicinales inscrits sur la liste des médicaments remboursables sont couverts par la Sécu. Les compléments alimentaires à base de plantes, même conseillés par un professionnel, ne le sont pas.

Articles lies

Guide remboursements mutuellesQuelle mutuelle choisirCertifications reconnues